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Référence : CDA67924 0034571179247 - 1 CD 78:03 - DDD - Enregistré du 10 au 12 août 2011 à St Silas the Martyr, St Silas Place, Londres - Notes en français, anglais et allemand avec les textes chantés en anglais ou italien et traduction anglaise En vente sur ce site depuis le 31 mai 2012 Date parution numérique : 22 mai 2012
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Georg Friedrich Haendel (1685–1759) O Lord, whose mercies numberless de Saul, HWV 53 (Acte I, scène 5) The raptur’d soul de Theodora, HWV 68 (Acte I, scène 2) Yet, can I hear that dulcet lay de The Choice of Hercules, HWV 69 Destructive war de Belshazzar, HWV 61 (Acte III, scène 3)
Johann Adolf Hasse (1699–1783) Ah che dissi! de Didone abbandonata (Acte I, scène 19) Se resto sul lido de Didone abbandonata (Acte I, scène 19) Odi colà la frigia tromba? de Didone abbandonata (Acte III, scène 8) A trionfar mi chiama de Didone abbandonata (Acte III, scène 8)
John Christopher Smith (1712–1795) Say, lovely Dream! de The Fairies
Thomas Arne (1710–1778) Vengeance, O come inspire me! de Alfred (Acte II)
Carl Philipp Emanuel Bach (1714–1788) Orchester-Sinfonie en ré majeur, H 663
Christoph Willibald von Gluck (1714–1787) Ah! non turbi il mio riposo de Telemaco (Acte II, scène 3) The Dance of the Blessed Spirits de Orfeo ed Euridice (Acte II, scène 2) Che puro ciel! de Orfeo ed Euridice (Acte II, scène 2) Ahimè! Dove trascorsi? de Orfeo ed Euridice (Acte III, scène 1) Che farò senza Euridice? de Orfeo ed Euridice (Acte III, scène 1)
Gaetano Guadagni (1728–1792) Pensa a serbarmi, o cara, aria d'insertion pour Ezio dans la version de Guglielmi ou de Bertoni
Iestyn Davies, contreténor Arcangelo
Direction Jonathan Cohen
e contre-ténor anglais Iestyn Davies est l'une des stars montantes du chant an Angleterre. Après les cantates de Porpora, il revient chez Hyperion avec un récital autour des airs pour le castrat italien Gaetano Guadagni (1728-1792). Connu pour sa voix pure et puissante, ce castrat fut le créateur d'Orphée dans Orfeo ed Euridice de Gluck à Vienne, et de nombreux oratorios de Haendel en Angleterre. Iestyn Davies rayonne dans ces airs de Haendel, Hasse, Gluck et même un air composé par Guadagni lui-même.
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HASSE Johann Adolf Didone Abbandonata 1 - 5 Act I: "Ah che dissi!" (1mn 26s )
1 - 6 Act I: "Se resto sul lido" (5mn 35s )
1 - 7 Act III: "Odi colà la frigia tromba?" (29s )
1 - 8 Act III: "A trionfar mi chiama" (6mn 36s )
SMITH John Christopher The Fairies 1 - 9 "Say, lovely Dream!" (5mn 42s )
ARNE Thomas Alfred 1 - 10 Act II: "Vengeance, O come inspire me!" (6mn 52s )
BACH Carl Philipp Emanuel Orchester-Sinfonie in D Major, H 663 1 - 11 I. Allegro di molto (5mn 53s )
1 - 12 II. Largo (1mn 50s )
1 - 13 III. Presto (2mn 32s )
GLUCK Christoph Willibald von Telemaco 1 - 14 Act II: "Ah! non turbi il mio riposo" (3mn 40s )
Orfeo ed Euridice 1 - 15 Act II: "The Dance of the Blessed Spirits" (2mn 18s )
1 - 16 Act II: "Che puro ciel!" (5mn 50s )
1 - 17 Act III: "Ahimè! Dove trascorsi?" (1mn 14s )
1 - 18 Act III: "Che farò senza Euridice?" (3mn 48s )
GUADAGNI Gaetano 1 - 19 Pensa a serbarmi, o cara (3mn 58s )
Gaetano Guadagni Le premier castrat moderne
Gaetano Guadagni (1728–1792) restera
toujours célèbre pour le rôle qu’il a joué en
libérant l’opéra des structures rigides de la scène
baroque et en l’enrichissant avec la liberté émotionnelle
de l’ère de la sensibilité. Par un heureux hasard, sa
carrière a prospéré dans les années 1760 et 1770,
décennies marquées par des changements fondamentaux
de goût, de technique et d’objectifs dramatiques. Il était
assez intelligent pour comprendre les nouvelles théories
dramatiques avancées par des écrivains comme Algarotti,
Diderot et Calzabigi; c’était un grand lecteur et sa biblio -
thèque de près de quatre cents volumes devait contenir
de nombreuses études théoriques, en plus des partitions
et livrets indispensables à sa profession. Mais c’était
également un opportuniste : les nouvelles théories lui
allaient comme un gant. Sa petite voix raffinée convenait
à la déclamation intime et nuancée privilégiée par le
courant de la sensibilité, et l’enthousiasme avec lequel
il s’immergeait dans un personnage était conforme à la
nouvelle approche naturaliste du jeu qui incitait un
chanteur à s’identifier à son rôle.
Sa carrière a différé à maints égards du cours normal
de celle des castrats. Il était inhabituel qu’un castrat
soit issu d’une famille de musiciens professionnels, mais
Guadagni avait trois sœurs et un frère qui étaient chanteurs d’opéra. L’opération qui a déterminé sa carrière était
bien trop souvent le résultat de l’acte désespéré d’une
famille pauvre qui espérait gagner de l’argent grâce à la
carrière d’un fils. Pour Guadagni, il semble probable qu’il
s’est agi d’un choix délibéré de parents qui connaissaient
la profession de l’intérieur et pour lesquels ce choix n’avait
peut-être guère plus d’importance que celui d’un
instrument pour un enfant. Guadagni n’est pas allé au
conservatoire et n’a été placé comme élève chez aucun
professeur de chant. Pour autant que nous le sachions, il a reçu son instruction à la maison : c’est son père,
membre du chœur de la cathédrale de Lodi, qui lui a
donné cette formation, et il a poursuivi son apprentissage
dans le chœur de la basilique Saint-Antoine de Padoue,
célèbre dans le monde entier.
C’est un pur hasard qui a amené Guadagni à Londres,
en 1748. Il y est arrivé avec une troupe d’opéra-comique
qui a rapidement fait faillite et n’a pas fait grand chose
pour faire avancer ses perspectives d’avenir en dehors
d’un cours intensif de maintien sur scène (un collègue a
remarqué lors de ses premières prestations sur la scène
londonienne qu’il était «maladroit de ses pieds»). Mais
en fréquentant d’autres musiciens italiens dans la ville
de Londres, il a été présenté à Burney qui, à son tour,
l’a présenté à Haendel, et sa carrière a immédiatement
décollé.
Guadagni a passé plus de temps à travailler avec
Haendel qu’avec tout autre compositeur et l’influence de
ce dernier sur Guadagni s’est exercée jusqu’à la fin de
ses jours. Haendel a modelé la voix de Guadagni sur les
exigences des rôles qu’il écrivait ou adaptait pour lui dans
les oratorios, le poussant de temps à autre jusqu’aux
limites de sa technique, notamment dans «The raptur’d
soul» de Theodora et «Destructive war» de
Belshazzar, mais nourrissant le plus souvent son talent
pour le chant legato comme dans «O Lord, whose mercies
numberless » de Saul et «Yet, can I hear that dulcet
lay» de The Choice of Hercules. Même si on lui
reprochait souvent sa prononciation imparfaite, Guadagni
a développé ses rôles en langue anglaise; il a chanté
l’éblouissant «Vengeance, O come inspire me ! » dans
Alfred d’Arne et «Say, lovely Dream! » dans The Fairies
de John Christopher Smith. Cette dernière œuvre, inspirée
de A Midsummer Night’s Dream («Le Songe d’une
nuit d’été»), l’a mis en contact avec le grand acteur shakespearien David Garrick qui, selon Burney, «a pris
grand plaisir à le former en tant qu’acteur». Quelle que
soit la véracité de cette déclaration—et au cours de ses
premières saisons à Londres, Guadagni avait partagé
la scène avec les Italiens tout aussi légendaires Laschi
et Pertici—, tout le monde s’est ensuite accordé à
reconnaître que le jeu de Guadagni n’avait «son pareil sur
aucune scène en Europe».
Au cours des sept années qu’il a passées en Angleterre,
il a fait des séjours à Dublin et Paris. Ces derniers constituaient une aventure particulièrement notable pour un
castrat. La France était le seul pays européen à ne pas
accueillir de solistes castrats dans ses théâtres publics.
Mais ce type de voix avait ses admirateurs, surtout à la
cour : Louis XIV a introduit des castrats à la Chapelle
royale, où ils se sont maintenus jusqu’à la Révolution.
En 1753, la dauphine Marie-Joseph a invité Guadagni à
participer à une représentation de Didone abbandonata
de Hasse à Versailles, où l’interprétation de Guadagni—
en particulier dans les numéros récitatif-aria «Ah che
dissi ! … Se resto sul lido» et «Odi colà la frigia
tromba ? … A trionfar mi chiama»—lui a valu
des critiques admiratives; l’année suivante, il est revenu
à Paris chanter au prestigieux Concert Spirituel. C’est
probablement à Paris qu’il a négocié son déménagement
suivant, pour chanter au nouveau théâtre lyrique de
Lisbonne. Par un coup de malchance, c’était en 1755. Le
tremblement de terre a détruit l’opéra et dispersé la
troupe. C’était l’occasion pour Guadagni de faire une
pause, d’étudier et de restructurer sa carrière.
Le chemin qu’a suivi Guadagni pour se rendre à Vienne
en 1762 relève moins du hasard que son premier voyage
à Londres quatorze ans plus tôt. Après Lisbonne, sa
réputation s’est développée en Europe et il a été recherché
pour tenir des premiers rôles par divers compositeurs, des
plus conventionnels (J. C. Bach, Piccinni) jusqu’à l’avant-garde (Traetta, Jommelli). Repéré comme un nouveau
talent par le directeur des théâtres de Vienne, il a été
sollicité pour faire partie d’un groupe dynamique
d’artistes comprenant le poète Calzabigi et le compositeur
Gluck. Leur but commun était de rompre avec les
conventions de l’opéra italien traditionnel en lui insufflant
des éléments de l’opéra français, ce qui a donné Orfeo ed
Euridice. Calzabigi a insisté sur le fait que l’opéra était
conçu autour de la voix de Guadagni : «Le rôle lui allait
comme un gant», a-t-il dit, et «en toutes autres mains,
ç’aurait été un désastre». La simplicité lyrique de «Che
farò senza Euridice ? » et la partie orchestrale envoûtante de «Che puro ciel !» digne d’un poème symphonique résument la nouveauté même de la musique.
Gluck a écrit deux autres rôles pour Guadagni, dont le rôle
titre de Telemaco, représenté ici par le plaintif «Ah! non
turbi il mio riposo». Mais leur relation a tourné à la
catastrophe. Telemaco a été un échec, retiré de l’affiche
après deux représentations, et Calzabigi a attribué sans
ambages la responsabilité de cet échec à Guadagni, le
traitant de «canaille» sans autre explication. Gluck et
Guadagni n’ont plus jamais travaillé ensemble.
Néanmoins, le rôle d’Orphée s’est avéré être un
catalyseur pour Guadagni, qui en est venu à s’identifier à
lui. À une époque où il était inhabituel qu’un chanteur
reprenne un rôle d’une saison à l’autre, Guadagni l’a non
seulement chanté à Londres, Munich et Padoue au cours
des vingt années suivantes, mais il a recréé le personnage
d’Orphée dans des opéras d’autres compositeurs sur
le même livret, si bien qu’au cours des dix dernières
années de sa carrière, il n’a guère chanté autre chose.
Son admiration pour ce rôle ne l’a pas empêché de
recomposer deux numéros de l’opéra de Gluck. Une
troisième aria, sans doute sa meilleure contribution, a été
écrite pour une représentation d’Ezio, soit dans la version
de Guglielmi créée à Londres en 1770, soit dans celle de Bertoni reprise à Vérone en 1772 : «Pensa a serbarmi, o
cara» nous donne un aperçu du genre de musique que
Guadagni lui-même aimait chanter, et qui lui donnait
l’occasion de mettre en valeur son phrasé délicat et sa
déclamation éloquente, objets de tant d’éloges.
Guadagni a passé les vingt dernières années de sa vie
à Padoue. Le chœur de la basilique Saint-Antoine, qui
l’avait exclu sans cérémonie (pour ses absences sans
autorisation) en 1748, l’a accueilli à son retour vingt
ans plus tard et a reconnu sa célébrité avec un salaire
beaucoup plus élevé que celui de Tartini qui était premier
violon de l’orchestre, ou de Vallotti, qui en était le
directeur. Mais, tout en conservant son poste à Padoue, il
a quand même beaucoup voyagé en Europe où il était
devenu une vedette internationale. Entre ses engagements
lyriques, il revenait à Padoue, où il s’était forgé une
réputation de bienfaiteur célèbre de la ville en dépensant
des sommes considérables pour soutenir des projets
municipaux comme la construction du magnifique parc elliptique au cœur de Padoue, le Prato della Valle. Dans le
cadre de ses fonctions religieuses, il chantait à la basilique
devant des dignitaires invités, qu’ils soient princes ou
pape, et recevait de manière plus informelle chez lui, où
deux pièces étaient réservées à un théâtre de
marionnettes. L’été, il organisait des festivals de musique
chorale et orchestrale au Prato et, l’hiver, des promenades
musicales en traineau dans les rues de la ville.
Le seul rapport de Guadagni avec le rôle d’Orphée
suffirait à le considérer comme le premier castrat
moderne—l’expression «a créé le rôle» n’a jamais
été plus appropriée. Il a vite compris les principes
dramatiques que Gluck et Calzabigi essayaient d’établir et
ses compétences naturelles lui permettaient de répondre
à leurs exigences. L’une des réformes de Gluck dont on a
beaucoup parlé à l’époque était sa lutte pour maîtriser
l’abondance de l’ornementation improvisée que la plupart des chanteurs apportaient à leurs rôles. Guadagni
appréciait si peu les démonstrations de virtuosité
qu’il était parfois traité de «paresseux» parce qu’il
les évitait; se conformer aux exigences de Gluck ne lui
a donc posé aucun problème. Une description de sa voix
le peignant comme un «chanteur passionné, qui représente fidèlement la nature» est presque un résumé
du credo artistique de Gluck et Calzabigi et laisse entendre
à quel point Guadagni a dû leur sembler l’interprète
idéal de leur œuvre. Son talent d’acteur a été souvent
mentionné. Il est difficile de faire la part de manière
équitable entre ce qu’il doit aux acteurs comiques italiens
Laschi et Pertici et à l’Anglais Garrick, mais il est certain
qu’au cours des années passées en Angleterre il a acquis
une réputation considérable dans ce domaine et n’avait
pas à pâlir de la comparaison avec Farinelli, le plus grand
castrat d’une génération antérieure, dont on a une fois
comparé le mouvement sur scène à celui d’une vache au
pas lourd.
La personnalité de Guadagni était pleine de contradictions. Il était apprécié de ses collègues, mais pénible à
supporter pour ceux qui l’employaient. En maintes circonstances, il a œuvré dans l’ombre pour faire progresser la
carrière de ses collègues, mais il les incitait aussi à se
rebeller contre des salaires ou des statuts insuffisants. Sa
grande générosité l’a constamment conduit à s’endetter. Il
était susceptible, facile à provoquer, et se mettait en colère
s’il avait l’impression qu’un compositeur ne s’était pas
donné assez de mal pour pourvoir aux qualités spécifiques
de sa voix; c’est presque certainement ce qui a causé en
fin de compte sa rupture avec Gluck. Ce qui le rachète,
c’est que ses principes artistiques étaient la cause de
la plupart de ses brouilles, principes qui étaient ceux
de Gluck : respect du texte et maintien de l’intégrité
d’une exécution. Les choses sont arrivées au point critique
à Londres dans les années 1770 quand il a refusé
d’interrompre les représentations d’Orfeo pour donner
des bis ou répondre aux applaudissements. Il aura fallu
attendre des décennies, peut-être plus d’un siècle, pour
que les auditoires comprennent l’intensité de l’expérience dramatique qu’il cherchait à transmettre. Guadagni était
sûrement en avance sur son temps : pas seulement le
premier castrat moderne, mais sans doute le premier
chanteur d’opéra moderne.
Si la personnalité musicale de Guadagni avait un
équivalent dans la musique instrumentale, c’était sûrement l’œuvre passionnée et exaltante de C. P. E. Bach, représentée ici—en guise d’interludeorchestral—par
sa Sinfonie en ré majeur, écrite à peu près à l’époque
où Guadagni composait «Pensa a serbarmi». Les mouvements externes saisissants font penser aux épithètes
«délirant et insouciant» attribuées à Guadagni dans sa
période londonienne de jeunesse, alors que les sonorités
exquises du mouvement lent rappellent une description
de la voix du castrat à l’âge mûr comme «délicate, châtiée
et raffinée». Pour autant que nous le sachions, les deux
musiciens ne se sont jamais rencontrés. Mais tous deux
tendaient sûrement vers le même objectif : une nouvelle
approche de l’expression qui éloignait la musique du style
«galant» avec son équilibre élégant et restituait la Nature
dans ses asymétries imprévisibles.